Antoine Foucher publie Pour que nos enfants vivent mieux que nous aux éditions de l'Aube. David Abiker le reçoit dans la matinale de Radio Classique, la veille de la publication du classement PISA — l'enquête internationale qui mesure tous les trois ans le niveau des élèves de quinze ans en sciences, en compréhension de l'écrit et en mathématiques, dans les pays de l'OCDE et dans d'autres pays de niveau de développement comparable. L'entretien dure treize minutes et va vite. Il part de l'école, puis élargit à l'économie, à la technologie et au niveau de vie, avant d'aboutir sur un chiffre et sur la façon de le financer.
Abiker ouvre sur la publication du lendemain, ce classement « qui donne des sueurs froides aux parents, à la classe politique et, j'imagine, aux enseignants », et demande pourquoi il compte.
La réponse de Foucher est simple : PISA mesure le niveau relatif des élèves d'un pays par rapport à ceux des autres. Il permet donc de savoir si notre école est encore une bonne école, comparée à ce qu'elle était dans le passé et comparée aux autres pays du monde.
Le constat qu'il en tire, il le dit « assez cruel pour nous ». Depuis la première mesure PISA, la France a perdu entre dix et quinze places, ce qui la situe aujourd'hui autour de la vingt-cinquième.
Il précise que d'autres enquêtes existent, avec d'autres méthodes — il cite TIMSS et PIRLS — et que leur convergence est ce qui rend le constat solide : quelles que soient les classements et les méthodes, tous placent désormais les élèves français entre la vingt-cinquième et la quarantième place. « Et ça, pour le coup, c'est nouveau. »
Sa traduction, qu'il donne lui-même « en français non techno » : l'école française n'est plus une bonne école à l'échelle européenne et internationale.
Il ajoute aussitôt une correction à ce qu'il appelle un récit français répandu — l'idée que le décrochage serait normal puisque la France compterait davantage d'élèves en difficulté. « Non, ce n'est pas que ça. » Ce sont aussi les meilleurs élèves qui décrochent : les 10 % des meilleurs élèves français, public comme privé, sont moins bons que les 10 % des meilleurs élèves en Allemagne, au Danemark, en Suède, et dans vingt à vingt-cinq autres pays de l'OCDE.
Et il rattache ce point au titre de son livre : « évidemment, si on n'a pas une bonne école, les enfants ne vivront pas mieux que nous ».
Abiker relève une affirmation du livre : il serait faux de dire que ces élèves sont moins bons que leurs parents au même âge. « Exactement », répond Foucher, qui appelle cette idée « un serpent de mer du débat public ».
Il commence par défendre la méthode avant de donner les chiffres : il faut dépassionner et objectiver. Et il justifie ce mot, dont il sait qu'il peut agacer : « objectiver, ce n'est pas une passion de technocrate. Simplement, si vous n'objectivez pas, vous n'allez pas trouver le bon problème. Et si vous ne trouvez pas le bon problème, vous ne trouverez pas la bonne solution. »
Les faits qu'il avance :
Mais pas plus compétents que leurs concurrents internationaux, complète Abiker. C'est là, dit Foucher, que se situe le problème :
D'où la formule par laquelle il retourne l'adage populaire : « quand on se regarde, on se rassure. C'est quand on se compare qu'on s'inquiète. » Et il ajoute que les pays qui vont plus vite que nous sont de plus en plus nombreux.
Abiker élargit : le livre dit que la France perd des places au plan économique et au plan social, qu'elle a progressé mais bien moins vite que d'autres. Quels indicateurs le montrent ?
Foucher répond par une chaîne en quatre maillons — l'éducation, l'économie, la technologie, puis le social à la fin — où chacun découle des précédents.
L'économie : les salaires. Il s'excuse presque de la brutalité de l'information « à huit heures et quart le matin » : les salaires français sont désormais en moyenne inférieurs à la moyenne de l'OCDE. Il prend soin de préciser la portée du chiffre : l'OCDE compte trente-huit pays, dont le Mexique, ce n'est pas l'Europe des Six à laquelle on a l'habitude de se comparer. Abiker lui demande de rassurer les auditeurs — les salaires ne sont pas inférieurs à ceux du Mexique ? Non, répond-il : inférieurs à la moyenne de l'OCDE.
Il en donne la cause dans la désindustrialisation, et il le fait sans désigner de coupable : environ deux millions d'emplois industriels détruits, remplacés par des emplois dans l'hôtellerie-restauration, le transport, l'entreposage, le tourisme. Cela permet de conserver une activité économique, mais la dynamique salariale n'est pas la même. Dans l'industrie, chaque année vous faites de la productivité, donc chaque année les salaires augmentent. Ailleurs, structurellement, non — « et les patrons n'y sont pour rien, et les salariés n'y sont pour rien ».
La technologie. Prolongeant une chronique sur le spatial diffusée plus tôt dans la matinale, il dresse la liste des étapes manquées dans le numérique, dans l'ordre : l'ordinateur, le smartphone, Internet, et maintenant l'intelligence artificielle générative. À chaque couche d'invention réalisée ailleurs qu'en Europe, le retard s'accumule. Son chiffre : nous payons désormais trois cents milliards d'euros par an aux États-Unis pour utiliser ce que nous avons sous les yeux — « ce que ceux qui nous écoutent ont avec eux, s'ils nous écoutent avec leur smartphone ».
La conséquence qu'il en tire est une conséquence sur les salaires : même si le téléphone nous rend plus productifs, l'argent ne va pas dans nos salaires, il va dans les grandes plateformes américaines. Et il situe la rupture historique : « depuis deux siècles, c'est nous qui inventions ce qui changeait le destin de l'humanité. Et là, on n'invente plus. »
Le social. Le dernier maillon est présenté comme mécanique : « quand vous êtes déclassé éducativement, économiquement, technologiquement, vous êtes déclassé socialement ». La mesure en est le niveau de vie — et les Français ont un niveau de vie inférieur à la moyenne européenne depuis quatre ans.
Abiker relève un passage du livre qu'il qualifie de drôle : la comparaison entre la France d'aujourd'hui et celle du gouvernement socialiste-communiste de 1981-1983. Le livre soutient qu'en matière de redistribution et d'État-providence, la France est plus socialiste aujourd'hui qu'elle ne l'était alors.
Foucher répond que c'est factuel, et donne les deux mesures :
| Aujourd'hui | Début des années 1980 | |
|---|---|---|
| Dépenses publiques (part du PIB) | 57 % | deux à trois points de moins |
| Prélèvements obligatoires | environ 45 % | deux à trois points de moins |
Autrement dit, « on mutualise la richesse plus qu'au début des années 80 ». Il en tire immédiatement une conséquence sur un mot du débat public : « le fait qu'on soit en austérité ne tient pas la route une seconde à l'examen objectif des chiffres ».
Mais il tient à poser aussitôt la distinction qui empêche d'en tirer une conclusion trop rapide. On peut à la fois mutualiser davantage la richesse et perdre les moyens de piloter l'économie. Et c'est précisément ce qui s'est passé : la capacité collective à piloter l'économie n'a jamais été aussi faible. L'État ne contrôle plus la monnaie, ni la circulation des capitaux, des biens ou des personnes ; il ne contrôle plus les aides aux entreprises. Tout cela a été confié soit à l'Europe, soit à des autorités administratives indépendantes.
D'où sa formule, qui vaut pour les deux camps : « nous sommes dans une ère très libérale, non pas au sens où l'on ne redistribue pas — on n'a jamais autant redistribué — mais au sens où le collectif n'a jamais aussi peu contrôlé le marché ».
Abiker résume le diagnostic du livre sur les choix faits depuis 1975 — avoir préféré la rente au travail, la consommation à la production — puis pose la question centrale : il faut trois cent trente milliards pour faire quoi, et où les trouver ?
Foucher explique d'abord d'où vient le chiffre. Il ne s'agit pas de « raconter de craques » mais de sommer les besoins pour que la vie s'améliore en France d'ici dix à vingt ans. La liste qu'il énumère :
La somme donne 330 milliards d'euros, soit onze points de PIB.
Il pose alors l'alternative en deux termes, sans trancher pour l'auditeur. Soit on juge que c'est trop, que ce n'est pas raisonnable, et l'on continue « dans la vase » : on s'enfonce doucement, ce qui est supportable, tout en disant qu'on n'en veut pas. Soit on s'arrête maintenant et on regarde comment financer ces 330 milliards.
Sa première réponse est une élimination, et elle vise les trois explications les plus répandues. Face aux défis, dit-il, nous avons tous la sensation que c'est la faute d'une petite minorité — « c'est la faute des immigrés, c'est la faute des riches, c'est la faute des fonctionnaires ».
En ordre de grandeur, cela ne tient pas. L'effort consacré à ces populations, ou les taxes que l'on pourrait aller chercher sur les plus riches, couvrent au mieux 5 % des 330 milliards. Il renvoie au livre pour le détail du calcul. Et il en tire l'arithmétique qui s'impose : « il restera de toute façon 95 % de l'effort pour les non-immigrés ou les non-riches ». Donc c'est un effort collectif.
Sa méthode pour trouver où faire l'effort est de regarder où l'argent supplémentaire est allé — l'argent prélevé en plus depuis le début des années 1980 et dépensé en plus depuis. Sa réponse : il est allé « essentiellement sur notre idéal collectif », qu'il formule ainsi :
Il en déduit un double effort, portant sur les deux côtés de cet idéal.
Les actifs travaillent plus longtemps — non pas davantage dans l'année, précise-t-il, mais davantage dans la vie : sans doute trois à quatre ans de plus. « Donc ils travaillent plus que leurs parents. »
Les retraités actuels ont le même niveau de vie qu'ailleurs en Europe, c'est-à-dire non pas 100 % de celui des actifs, mais 80 %.
Le rendement de ces deux mesures : 200 milliards d'euros sur dix ans. Pour les 130 restants, il renvoie au livre.
Abiker conclut en qualifiant l'ouvrage de véritable programme politique, mis à la disposition « de tous les honnêtes gens et de tous les candidats qui veulent nous gouverner ».
Le niveau des élèves français ne baisse pas : 53 % d'une génération est diplômée du supérieur, et les jeunes réussissent mieux que leurs aînés aux mêmes épreuves. Ce qui a changé, c'est que les autres progressent plus vite — la France a perdu dix à quinze places depuis la première mesure PISA, et le décrochage touche aussi les 10 % de meilleurs élèves, désormais derrière ceux de vingt à vingt-cinq pays de l'OCDE. Antoine Foucher fait de ce décrochage relatif le premier maillon d'une chaîne à quatre termes : après l'école, l'économie avec des salaires passés sous la moyenne de l'OCDE et deux millions d'emplois industriels détruits ; puis la technologie, avec toutes les étapes du numérique manquées et trois cents milliards par an versés aux plateformes américaines ; puis le social, avec un niveau de vie inférieur à la moyenne européenne depuis quatre ans.
Son diagnostic institutionnel tient en un paradoxe : la France mutualise plus la richesse qu'en 1981 — 57 % de dépenses publiques, 45 % de prélèvements — et n'a jamais eu moins de prise sur son économie, monnaie, capitaux et aides aux entreprises ayant été confiés à l'Europe ou à des autorités indépendantes. Le coût du redressement, il le chiffre à 330 milliards d'euros, onze points de PIB, et il écarte d'emblée les boucs émissaires : immigrés, riches et fonctionnaires ne couvrent au mieux que 5 % de la somme. Son financement principal s'attaque à ce qu'il appelle notre idéal collectif — partir tôt avec les retraites les plus élevées du monde : trois à quatre années de travail supplémentaires dans une vie, et un niveau de vie des retraités ramené de 100 à 80 % de celui des actifs, pour 200 milliards sur dix ans.
Le montant total. En posant sa question, David Abiker parle de « trois cent soixante milliards ». Antoine Foucher répond en énonçant deux fois « trois cent trente milliards d'euros, c'est-à-dire onze points de PIB », et son décompte final — 200 milliards dégagés par les deux mesures qu'il détaille, 130 restants renvoyés au livre — donne bien 330. La note retient donc 330 milliards.